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dimanche 5 août 2012

The Dark Knight Rises







Combien de millions cette fois?... Je pose la question car cet argent aurait pu être utilisé à des fins plus constructives.. Maladies, famines, écologie...  Mais Nolan, lui, la ramène avec son Dark Knight Rises, un film raté du début à la fin. Acteurs en indigestions, mise scène sans idée, découpage cousu de fil blanc et ces cascades... Toutes ces cascades inutiles qui donnent au film une dimension "Bling Bling" quasi définitive. 
Nolan avait déjà testé cette recette avec Batman Begins, exemple de mièvreries en mode camouflage. 
Mais revenons à notre mouton, The Dark Knight Rises. En sortant du cinéma, je me pose cette question: "Est-il aussi nul que Batman le Défi (en osant une comparaison des genres et époques..), pire, c'est à dire au niveau de ceux de Joël Schumacher, ou alors, encore mieux, c'est le plus mauvais de tous...?!"
Alors je réfléchis, je discute avec mon acolyte et on est d'accord sur une chose, ce film est une terrible faillite. 

Tout commence avec cette séquence d'ouverture. C'est spectaculaire, le mot ne peut pas être mieux choisi. On est devant un James Bond. Problème, j'ai payé pour voir Batman... Les fans de série reconnaîtront dans ce barnum d'ouverture Aidan Gillen, ainsi qu'une ribambelle d'autres acteurs de tv tout au long du film (Desmond Harrington, Wade Williams, Christopher Judge, Brett Cullen, Daniel Sunjata...) 
On se sent presque mal à l'aise devant ces premières images. On se demande si on doit apprécier ou désapprouver ce spectacle grotesque. C'est pourtant dés le début que Nolan nous présente Bane, le grand méchant, celui qui brisera Batman. Tout un programme. Le type est quand même censé être une bête féroce, et pourtant, Nolan nous le présente d'abord comme un voltigeur de cirque. 




Et Batman alors? Christian Bale. C'est fini mon petit, tu peux aller chercher ton chèque et retourner insulter des techniciens ou bouffer des pommes. Il fait le boulot. Comme un enfant ayant bien appris sa leçon et la récitant comme un petit robot. Sans saveur. 
Et les méchants? Tom Hardy et Anne Hattaway s'en sortent grâce à un certain talent. Ici, Nolan offre enfin à Hardy un rôle à sa mesure, loin de ce personnage insipide qu'il interprétait dans Inception. Problème, la mise en scène étouffe peu à peu le personnage qui finit à la limite du ridicule. 
Miss Catwoman est convaincante, sauf peut-être son costume... Autre déception, nous ne voyons jamais le passage de Selina Kyle en Catwoman.. Le peu que nous apprenons d'elle, et la manière surtout, rappelle grossièrement un épisode des Experts écrit à huit mains avec les scénaristes des Télétubbies, c'est dire. 
Et le reste, si j'en parle, c'est uniquement parce qu'ils sont tous à la masse. Aucun scrupule face à une entreprise aussi nauséabonde de suffisance et d'approximations. A ce tarif (250 000 000$), certaines erreurs ne devraient plus être tolérées. Cette remarque va à 90% des films qui sortent au cinéma depuis presque 10 ans... 
Gary Oldman devrait prendre un peu de recul peut-être. Et il est temps de prendre ta retraite mon cher Morgan Freeman; on les aime car ils font partie du panorama mais ils sont probablement fatigués de jouer dans des décheteries culturelles... Puis le reste du reste.... 
Joseph Gordon-Levitt fait ce qu'il peut, ayant la tête de l'emploi. Précision, tout de même: Qui aimerait avoir une tête de Robin ?... 
Nous mettrons à part Michael Caine qui une fois encore, apporte cette petite touche british qui, excusez le cliché, donne un peu de classe à l'ensemble. L'acteur est à l'image de ces vieux sportifs en fin de cycle qui comblent leur déclin par l'expérience. Hourra.

Si je ne me suis pas ennuyé, c'est parce que j'ai toujours aimé Batman, son univers et ce qu'il représente. Mais une chose est certaine,  j'ai vu un très mauvais film.




R.L

mardi 3 janvier 2012

Mission: Impossible - Protocole fantôme



A en croire la presse et les sites spécialisés, "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" serait une réussite indéniable qui, pour certains, dépasserait même le premier volet réalisé par Brian De Palma. Allons... Soyons sérieux. Si prendre son pied devant une telle déferlante d'effets spéciaux et de gadgets high-tech doit forcément passer par une justification aussi ridicule qu'embarrassante, il y a de quoi se poser des questions sur les critères de jugements actuels. Si le réalisateur Brad Bird apporte d'une certaine façon sa patte "Pixar" au film, ce n'est que pour mieux accentuer la fusion du monde réel et du monde virtuel: tempête de sable comparable aux pixels, écrans et autres jouets high tech qui n'en finissent pas de recouvrir la chair des protagonistes... Et ce n'est décidément pas une nouveauté, surtout dans le film d'action contemporain. Non pas que "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" soit un si mauvais film, mais le comparer aussi hâtivement à un des blockbuster les plus passionnant des années 90 (le De Palma donc) montre bien qu'il y a un réel souci à se faire. 

Petit retour en arrière: à la fin du premier "Mission: Impossible", Ethan Hunt (Tom Cruise) est devenu une abstraction, un organisme broyé par la technologie. Sa capacité à aimer (n'en déplaise aux suites..) se voit annihilée, son aura réduite à celle d'un homme qui est passé dans le domaine du théorique. Pour résumé, il est devenu un fantôme au pays de Brian De Palma. On connaît les différents de ce dernier avec Tom Cruise lors du tournage. Il n'est donc pas étonnant de se retrouver avec un personnage omnipotent (Jim Phelps/Jon Voigt) et une marionnette (Ethan Hunt/Tom Cruise). L'un manipule l'autre jusqu'à l'épuisement, en lui supprimant certaines informations et en falsifiant des plans. Grâce au montage, Jim Phelps réussit à arrêter le défilement filmique, d'une certaine façon. Mais ce défilement, figuré par le train à la fin du film, lui explosera au visage, Ethan Hunt ayant découvert les joies du cinéma (mensonge, hiérarchie etc). 



Brad Bird quant à lui ouvre son film sur une course poursuite des plus banale et une évasion de prison sans saveur. Si la prison dans laquelle se trouve Ethan Hunt au début pourrait résumer l'état dans lequel se trouve le personnage de Tom Cruise tout au long du film (son lourd passé, sa femme supposée morte etc.), il n'empêche que Bird ne sait pas réaliser une scène en terme visuel. Sa "patte" n'est bonne qu'à esquisser des idées  dont la laideur (une bagarre entre Ethan Hunt et un terroriste dans un parking, pour n'en citer qu'une...) n'a d'égale que l'idiotie d'un scénario baignant dans la ringardise. A part l'explosion du Kremlin, on est loin des éléments scenaristiques d'un David Koepp circa 1996: échanges et manigances à Dubaï, réception minable dans un palais indien... Mais que nous veulent-ils? Pourquoi? On se demande ce qui a retenu l'attention du publique et de la critique en France: serait-ce pour la plastique froide et le jeu inexistant de Léa Seydoux? En tout cas une chose est sûr: "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" est déjà oublié tant les images qui l'animent sont dépourvue de croyance dans les possibilités du cinéma, sa propension à se révéler tel qu'il est.

Donald Devienne

mercredi 19 octobre 2011

Petite idée d'un cinéma sans saveur (et qui se meurt)




Bienvenu dans le 21e siècle mon ami. Tu l'as aimé ta séance ce samedi soir? Tu as vu quoi? Drive? The Artist? Un petit film d'auteur qui t'a retourné l'estomac tellement l'histoire était profonde et les acteurs sincères dans leur intolérable souffrance?.. Tu as préféré voir un blockbuster car tu vas au cinéma pour le spectacle?


C'est quoi le cinéma?... Ca peut-être un moyen de faire passer un message, pour d'autres, de divertir. Certains utilisent ce biais car rien n'est plus agréable que de prendre le spectateur pour un abruti. Ne sommes-nous pas tous qu'une belle bande de crétins écervelés qui ont souvent besoin d'un écran pour cultiver notre matière grise et nous donner l'impression d'évoluer intellectuellement?... Toi, t'es un génie qui tire son savoir grâce à la vérité d'un tiers. Le prêtre te dit de croire en Dieu, sois un bon soldat et tire toi une balle dans le pied, danse mon ami.


Le cinéma d'aujourd'hui est tel une grande église. A chacun son cinéma (église) pour assister au prêche (le film) final d'une civilisation malade, la notre. On nous balance la 3D pour donner du relief. Commencez par embaucher des scénaristes sachant tenir une histoire qui nous fera baver jusqu'à la fin.

Scorsese (encore lui) passe à la 3D. Le cinéma est malade. Cancer incurable, hépathite, sida. Pourquoi ne pas sortir une version remasterisée du Parrain en 3D?... Nous irions tous, moutons amorphes, vivre une expérience inoubliable dans notre église IMAX au coin de la rue.. Marlon en trois dimensions mon pote!


Je milite pour la construction d'un parc à thème reprenant l'univers de Metropolis. On y trouverait le Fritz Lang Burger qu'on ferait tomber dans l'estomac avec l'aide d'un petit Maria Cola bien glacé. Vas au diable suceur de frite. Je veux pas finir en Soleil Vert... Rends moi mon cinéma. Et surtout ne te méprends pas, continue à produire ton ciné tagada pour les profanateurs mangeurs de pop-corn au beurre transgénique, nous avons besoin de ton argent pour jouir de ce qui reste.


Le cas Weinstein interpelle. Ils ont su faire le lien entre les deux mondes. Celui du clinquant et du profit face à celui du pari et et de l'échec souvent inévitable. Ces types ont tout compris. Faisons une simulation grotesque. Je suis Harvey Weinstein, j'ai cinq films devant moi et je dois les "catégoriser". Le premier sera le film à oscar. Le second sera l'assurance d'avoir les comptes équilibrés à la fin de l'année. Le troisième, le coup de pouce qui permettra à la boîte de voir venir. Le quatrième, c'est le pari. Et le cinquième, un caprice. Le cinéma n'est qu'un business, mais un business grâce auquel nous pouvons apprendre, communiquer, partager, rêver... N'abandonnons pas la course au tout technologique si l'avenir de cet art passe pas là, mais n'oublions pas que la base reste avant tout ce que notre cerveau nous permet de réaliser et ce avec quoi nous lui offrons cette capacité. Mettons nous tous bien d'accord, la soupe de grand mère est toujours meilleure qu'une brique Maggi... Les ingrédients mes petits, les ingrédients sont la base de tout. Si la base est mauvaise, tout s'écroule. Et celle du cinéma commence à pourrir sérieusement.


(Harvey Weinstein)



R.L

samedi 23 avril 2011

Scream 4



Après le tout récent échec de "My Soul To Take", injustement éreinté par la critique américaine, Wes Craven revient pour prouver qu'il est capable de signer un film d'horreur original et brillant. "Scream 4" est donc le grand retour d'un cinéaste souvent incompris.



Faut-il rappeler les mésaventures de Sidney Prescott (Neve Campbell)? Dans le premier "Scream", elle voyait ses amis assassinés par un tueur masqué à l'imagination débordante. Puis il y eut "Scream 2" et "Scream 3" qui, à force d'épuiser les retournements de situations chers au whodunit, ont fini par lasser. Réjouissons nous alors devant certaines trouvailles de ce "Scream 4": scène d'introduction jouissive, tueur (Ghostface) plus sadique que jamais et une fin qu'on retiendra grâce à son discours pertinent sur la jeunesse et son rapport à ce que Craven appelle "le méta-monde" (voir l'entretien avec Bill Krohn dans les Cahiers du Cinéma du mois d'avril).




Le scénario de Kevin Williamson décrit un choc des générations: d'un côté l'univers très années 90 de Sidney Prescott et Gale Weathers (Courtney Cox), avec leur rapport différé au monde (elles ont chacune écrit des livres après les événements) et de l'autre côté la jeunesse d'aujourd'hui qui s'abandonne dans le virtuel et l'instantané (le tueur filme les meurtres pour pouvoir les diffuser sur youtube). Si cet aspect moralisateur peut déplaire à certains, le ton ironique et l'emploi récurrent du terme "meta" laissent penser que le film a plusieurs niveaux de lectures.




Ce qui a changé c'est la manière de regarder les films dans "Scream 4": entre le Stabathon (les Stab sont une série de films dans le film inspirés par les meurtres de Ghostface) qui tourne court et où le morbide y est glorifié, et la vision d'un passage de "Shaun of The Dead" qui aboutit au meurtre le plus gore du film (belle scène où deux amies regardent, impuissantes et comme devant un écran, leur copine se faire massacrer dans la maison d'en face), on comprend que ce qui nourrit l'inspiration criminelle c'est le réseau des images qui enferme les protagonistes jusque dans leur perte. Ceux qui subsistent sont donc globalement ceux qui ne connaissent l'horreur qu'en vrai, le simulé du cinéma agissant comme un trompe-l-oeil qui prendrait vie au dernier moment.



Donald Devienne

jeudi 10 février 2011

Blow Out









En 1981, Brian De Palma réalise "Blow Out", film-somme des obsessions et des techniques du cinéaste dont la vision cynique vis à vis de la politique de son pays et du pouvoir des images n'a pas perdu de sa force. Echec au box office lors de sa sortie en salle, le film est édité chez Criterion le 26 avril 2011, occasion de revenir sur un thriller marquant.



Dans la première séquence, le film d'horreur est arrêté car le cri qui a été enregistré ne sonne pas vrai. Jack Terry (John Travolta), preneur de son, délivrera un cri "vrai" lors d'un final dévastateur. L'idée de "Blow Out" est de démontrer comment le réel (ici, le cri de Sally, interprété par Nancy Allen) est modifié/monté pour intégrer un monde factice (le film de série B). 
Le montage (couper "Jack!", "A l'aide!" etc pour ne garder que le cri) est ce qui intéresse De Palma en l'occurrence.  
De Palma, ayant retenu les leçons de la guerre du Vietnam (comment les images devaient être controlées pour éviter les protestations), du scandale du Watergate et de l'assassinat de J.F. Kennedy (comment la vidéo d'un événement peut être frustrant) incorpore ces évenements quasi-contemporains au film. Mais c'est surtout le cas Chappaquidik, en 1969 qui inspire l'auteur. "Blow Out" pose alors plusieurs questions: comment faire confiance aux images si celles-ci sont modifiées? Qu'est-ce qui est réel et qu'est-ce qui est simulé ?




Dans "Blow Out", De Palma utilise les couleurs du drapeau américain (décor, lumières, costumes), une parade pour le "Liberty Day" et un vilain, Burke (John Lithgow), qui porte un badge "Liberty day" tout au long du film. Le premier meurtre de Burke est d'ailleurs une erreur: il tue une femme (habillée en bleu, blanc et rouge) qui ressemble à Sally et déguise son acte en celui d'un maniaque qui mutilerait ses victimes en formant une cloche, celle de Philadelphie, sur leur ventre. En faisant en  sorte que Burke opère de cette manière, De Palma établit un lien entre le corps et l'Histoire. Plus tard dans sa carrière, il réalisera le film qui reflète le mieux cette idée: "Le Dahlia Noir"
De plus, il a souvent filmé des personnages comme Bucky Bleichert ou Jack Terry qui assistent à l'interaction entre ce corps en particulier (celui d'Elisabeth Short et celui de Sally, toutes deux attirées par une certaine forme de prostitution) et l'Histoire, celui-ci modifiant celui-là par sa disparition, hantant après coup un media (journaux, télévision, photos, films) toujours aussi morbide.




Mais De palma lui-même est obsédé par un objet morbide: le film Zapruder (les 26 secondes de l'assassinat de Kennedy). Jack Terry, lui, créé un film en montant le son qu'il a enregistré avec les photos de l'accident, celles prises par Manny Karp (Dennis Franz). pour prouver que ce n'est justement pas un accident. Comme l'indique Luc Lagier dans son ouvrage Les Mille Yeux de Brian De Palma: "En apportant sons et mouvement aux photos prises par Manny Karp sur les lieux du drame, Terry fabrique ce que n'est pas le film Zapruder: un film témoin parfait." 
Revenir à la source d'un événement est ce qui préoccupe De Palma, en tant que réalisateur mais aussi en tant que spectateur. Tout comme ceux de Dario Argento, ses films montrent très souvent une scène traumatique (la plupart du temps un meurtre) qui se doit d'être analysée par le personnage principal. Parce que la séquence va trop vite (même au ralenti), celle-ci a besoin d'être disséquée: le plan-séquence (avec des coupes invisibles) de "Snake Eyes" en est l'exemple parfait. En 13 minutes, le cinéaste nous fait suivre le flic Rick Santoro (Nicholas Cage) dans un stade lors d'un combat de boxe. Mais le plan est coupé juste avant que le Secrétaire de la défense se fasse assassiner... Plus tard dans le film, Santoro demandera à des témoins dont son ami Kevin Dunne (Gary Sinise) de lui dépeindre leur point de vue durant ces 13 minutes cruciales. Bien sûr, Santoro ne découvrira pas la vérité aussi facilement (en effet, certains des témoins mentent). Il devra faire appel à quelque chose d'inorganique: un "plan absolu" pris par un ballon-caméra géant survolant le stade. Ce "plan absolu" est similaire au film créé par Jack Terry dans "Blow Out": il repose sur de la pure mécanique et, de ce fait, créé une distance entre celui qui voit et ce qui est montré, au lieu de faire participer  le spectateur à travers la mémoire d'un ou de plusieurs personnages. Bien que le procédé soit différent, "Blow Out" et "Snake Eyes" partagent la même idée: qui est le plus à même de mentir? L'homme ou la caméra?



Dans "Blow Out", De Palma réinvente la séquence du Wissahickon Creek plusieurs fois après son moment initial. Primo, quand Jack écoute les bandes pour la première fois, son crayon reconstituant l'enregistrement: il entend alors le coup de feu et le pneu qui se dégonfle, le tout en différents points de vue. Mais on ne voit que ce qui se passe dans sa tête. Secundo, quand Jack monte le film en utilisant les photos de Manny Karp et l'enregistrement sonore : on voit donc Jack qui synchronise les deux, découvrant du coup une nouvelle version de l'événement. Tertio, quand Jack montre à Sally le film finalisé. La synchronisation du document est mise en parallèle avec la synchronisation du cri sur le film d'horreur. 
Le réalisateur du film d'horreur met la scène de la douche en boucle pendant que deux jeunes femmes crient en s'échangeant les rôles (une qui hurle pendant que l'autre l'étrangle...). Maintenant que Jack sait parfaitement synchroniser deux éléments qui vont bien ensemble (le son de l'accident et les images de celui-ci), il est dorénavant prêt pour la prochaine étape: synchroniser du vrai (le cri de Sally) avec du faux (la scène de la douche).




Après l'avoir sauvé de la noyade, Jack explique à Sally qu'elle est victime d'un complot. On voit Sally allongée sur son lit d'hôpital, sa peau blanche accentuant l'idée de sa mort prochaine (pourtant la dernière vision de Sally, morte, est celle d'un corps très coloré...). Mais Jack veut la garder "vivante": elle est une pièce du puzzle qu'il tente d'assembler. 
En la gardant à Philadelphie, Jack provoque une tragédie ou une farce de mauvais goût (rappelons la formule de Karl Marx:"L'histoire se répète, la première fois en tragédie, la seconde en farce"). Leur rendez vous à la gare avant que Sally ne s'en aille figure un moment en dehors de la fiction, l'endroit étant propice au démarrage du récit ou à son point de chute. Si Sally est forcée de ne pas monter à bord du train qui l'aurait sauvé (dans L'Impasse, Carlito Brigante meurt juste avant de pouvoir monter à bord du train) c'est bien parce que chez De Palma il y a un certain déterminisme qui bloque les personnages. Dans une des dernières scènes, Jack tente de sauver Sally, menacée par Burke: il court dans le sens inverse de la parade, d'une certaine façon englué par l'effet de ralenti. Quand il arrive, Sally est déjà morte. Il tue alors Burke et prend Sally dans les bras tandis que les feux d'artifices explosent dans une myriade de couleurs. Le plan d'après montre Jack dans une neige qui a symboliquement effacé toute trace de sang.


Donald Devienne








Fiche technique:


Réalisation Brian De Palma
Scénario Brian De Palma
Photographie Vilmos Zsigmond
Musique Pino Donaggio
Avec: John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz ...

Brian De Palma, filmographie sélective:






lundi 24 janvier 2011

Le temps d'une disparition

Un jour après sa première projection très controversée au festival du film de Cannes en 1960, L'Avventura était soutenu par une lettre rédigée par 37 réalisateurs et critiques, incluant Roberto Rossellini. En 1962, le film était déjà élu deuxième meilleur film de tous les temps par le magazine Sight and Sound, juste après Citizen Kane.



Anna (Léa Massari) disparaît mystérieusement pendant un voyage en bateau. Alors que son petit ami Sandro (Gabriele Ferzetti) et sa meilleure amie Claudia (Monica Vitti) la recherche dans toute l'Italie, ils s'éprennent l'un de l'autre. 

Anna nous est présenté dans le premier plan en train de marcher vers son père. On les voit très vite dans le même plan avec en fond deux types d'architecture: du neuf et de l'ancien. Le film opposera ces deux mondes qui cohabitent. Le discours de Michelangelo Antonioni à Cannes révèle un cinéaste préoccupé par ces questions: "Aujourd'hui le monde est menacé par un très sérieux partage entre une science qui est totalement et consciemment tourné vers le futur, et un moralisme rigide et stéréotypé que nous reconnaissons tous comme tel et pourtant soutient lâcheté et pur paresse."
Sandro, le personnage le plus répréhensible moralement, est aussi filmé avec un fond très spécifique, la complexité de l'architecture représentant sa morale vieux jeu et sa frustration concernant son travail (Sandro est un architecte frustré.comme il l'explique et comme nous le démontre une scène dans laquelle il renverse de l'encre délibérément sur le croquis d'un jeune designer). La première fois que nous voyons Sandro, celui-ci fait signe depuis sa fenêtre, encadré par celle-ci, comme si quelque chose de statique émanait de lui (juste après on le verra poser, semblable à une statue). Son langage corporel est pareil à sa conscience: sur de lui mais ignorant l'effet réel produit. Plus tard, Sandro séduit Claudia tandis qu'Anna vient de disparaître: il ne peut apparemment pas rester sans une femme. A la fin du film, Sandro se retrouve avec Gloria Perkins, une jeune prostituée de 19 ans. Un plan sur les jambes de la jeune femme et l'argent que Sandro a laissé pointe la fragilité du discours de Sandro, précédemment: "Qui a besoin de belles choses de nos jours Claudia. Combien de temps cela dure-t-il?"
Mais Sandro n'est pas le seul homme condamné par le regard d'Antonioni sur le masculin: Corrado est très désagréable avec sa femme alors qu'il s'intéresse à Claudia et Anna, la population masculine de la ville de Macena devient dingue à l'arrivée de Gloria Perkins et des hommes à Noto traîne autour de Claudia pendant un bref moment... La vision d'Antonioni sur le monde moderne est loin d'être simpliste: les hommes sont piégés par leur propre (in)compréhension des femmes et les femmes modernes en jouent tout en en payant les conséquences.


La relation triangulaire entre Sandro, Anna et Claudia commence quand Anna et Sandro sont sur le point de faire l'amour tandis que Claudia attend en bas, visitant une galerie d'art. Antonioni montre alors un gros plan quasi abstrait d'Anna et Sandro ensemble sur le lit et entrecoupe avec Claudia jusqu'à ce que celle-ci ferme une porte, terminant la séquence. La façon dont Antonioni a placé Claudia dans le montage est particulièrement résonante ici puisque qu'elle sera avec Sandro dès la disparition d'Anna. Dans la cabine du yacht, Anna et Claudia se changent alors qu'Anna lui révèle qu'elle a menti à propos du requin dans la mer. Un plan des deux femmes est ici essentiel: nous ne les voyons que de dos, seul leur chevelure (brune et blonde) les distingue, leur identité se mélangeant presque, le tout accentué par l'érotisme de la scène. Se peut-il qu'à ce moment précis Anna ait donné l'âme de son personnage à Claudia? Plus tard sur l'île, Claudia mettra d'ailleurs une chemise qui appartenait à Anna... Que reste-t-il d'Anna? Le réalisateur semble suggérer "juste une perruque": Claudia, dans la villa, porte une perruque brune et quelqu'un lui dit: "Tu ressembles à quelqu'un d'autre." L'identité de Claudia s'obscurcit de plus en plus par celle d'Anna. En dansant et en chantant dans sa chambre d'hôtel, Claudia ressent à la fois le moment présent et à la fois imite quelqu'un d'autre chanter. Cette problématique semble récurrente dans L'Avventura comme d'autres éléments (par exemple quand Claudia se regarde dans le miroir, en tout 3 fois, sorte d'auto contrôle d'identité). Aussi, Claudia assiste tout au long du film à des moments érotiques: dès le début quand elle regarde  Sandro et Anna à travers la fenêtre depuis la rue, sur le yacht quand Raimundo tripote Patrizia et quand Gullia flirte avec le jeune peintre de la villa. Dans deux de ces scènes, il y a des dessins et de la peinture: peut-être une façon de dire que la séduction est aussi une forme d'art...


Dans L'Avventura, Anna disparaît sur une île, ses amis la recherchant partout. Quatre ans plus tard, Le Désert Rouge sort sur les écrans. Guilianna, le personnage principal, raconte une histoire à son enfant: une jeune fille est seule sur une île déserte etc. A sa façon, Antonioni fait réapparaître Anna dans un autre film, cette fois-ci en couleur (on penserait presque au Magicien d'Oz séparé en deux films), le problème spatial étant remplacer par un problème temporel. Plus jeune, différente de par son aspect, Anna a réussi à échapper à l'âge adulte. De la sorte, elle ne seras pas blessé par Sandro qui bientôt trompera Claudia. Malgré le fait que tout le monde essaie d'établir un contact avec l'autre, chacun reste déconnecté, seul dans le monde créé par Antonioni, l'amour étant l'unique illusion provoquant un semblant de relation. La connexion spatiale ("moi, toi et le reste") est fausse: mais la connexion temporel marche en fabriquant un flux entre le désire des gens. Quand Claudia crie dans une maison vide d'un village, elle n'obtient comme réponse qu'un écho, preuve que le temps a consumé sa voix et l'a interprété de manière différente. La dernière scène du film montre Claudia réagissant comme une mère avec Sandro qui pleure à cause de ce qu'il a fait: une peinture d'un vieillard suçant les seins d'une femme beaucoup plus jeune était un avertissement qu'il n'a su interpréter correctement. La quête éternel de Sandro s'arrête ici, là où Le Temps donne d'ironiques signaux.

Donald Devienne