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mardi 3 janvier 2012

Mission: Impossible - Protocole fantôme



A en croire la presse et les sites spécialisés, "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" serait une réussite indéniable qui, pour certains, dépasserait même le premier volet réalisé par Brian De Palma. Allons... Soyons sérieux. Si prendre son pied devant une telle déferlante d'effets spéciaux et de gadgets high-tech doit forcément passer par une justification aussi ridicule qu'embarrassante, il y a de quoi se poser des questions sur les critères de jugements actuels. Si le réalisateur Brad Bird apporte d'une certaine façon sa patte "Pixar" au film, ce n'est que pour mieux accentuer la fusion du monde réel et du monde virtuel: tempête de sable comparable aux pixels, écrans et autres jouets high tech qui n'en finissent pas de recouvrir la chair des protagonistes... Et ce n'est décidément pas une nouveauté, surtout dans le film d'action contemporain. Non pas que "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" soit un si mauvais film, mais le comparer aussi hâtivement à un des blockbuster les plus passionnant des années 90 (le De Palma donc) montre bien qu'il y a un réel souci à se faire. 

Petit retour en arrière: à la fin du premier "Mission: Impossible", Ethan Hunt (Tom Cruise) est devenu une abstraction, un organisme broyé par la technologie. Sa capacité à aimer (n'en déplaise aux suites..) se voit annihilée, son aura réduite à celle d'un homme qui est passé dans le domaine du théorique. Pour résumé, il est devenu un fantôme au pays de Brian De Palma. On connaît les différents de ce dernier avec Tom Cruise lors du tournage. Il n'est donc pas étonnant de se retrouver avec un personnage omnipotent (Jim Phelps/Jon Voigt) et une marionnette (Ethan Hunt/Tom Cruise). L'un manipule l'autre jusqu'à l'épuisement, en lui supprimant certaines informations et en falsifiant des plans. Grâce au montage, Jim Phelps réussit à arrêter le défilement filmique, d'une certaine façon. Mais ce défilement, figuré par le train à la fin du film, lui explosera au visage, Ethan Hunt ayant découvert les joies du cinéma (mensonge, hiérarchie etc). 



Brad Bird quant à lui ouvre son film sur une course poursuite des plus banale et une évasion de prison sans saveur. Si la prison dans laquelle se trouve Ethan Hunt au début pourrait résumer l'état dans lequel se trouve le personnage de Tom Cruise tout au long du film (son lourd passé, sa femme supposée morte etc.), il n'empêche que Bird ne sait pas réaliser une scène en terme visuel. Sa "patte" n'est bonne qu'à esquisser des idées  dont la laideur (une bagarre entre Ethan Hunt et un terroriste dans un parking, pour n'en citer qu'une...) n'a d'égale que l'idiotie d'un scénario baignant dans la ringardise. A part l'explosion du Kremlin, on est loin des éléments scenaristiques d'un David Koepp circa 1996: échanges et manigances à Dubaï, réception minable dans un palais indien... Mais que nous veulent-ils? Pourquoi? On se demande ce qui a retenu l'attention du publique et de la critique en France: serait-ce pour la plastique froide et le jeu inexistant de Léa Seydoux? En tout cas une chose est sûr: "Mission: Impossible - Protocole Fantôme" est déjà oublié tant les images qui l'animent sont dépourvue de croyance dans les possibilités du cinéma, sa propension à se révéler tel qu'il est.

Donald Devienne

mercredi 19 octobre 2011

Petite idée d'un cinéma sans saveur (et qui se meurt)




Bienvenu dans le 21e siècle mon ami. Tu l'as aimé ta séance ce samedi soir? Tu as vu quoi? Drive? The Artist? Un petit film d'auteur qui t'a retourné l'estomac tellement l'histoire était profonde et les acteurs sincères dans leur intolérable souffrance?.. Tu as préféré voir un blockbuster car tu vas au cinéma pour le spectacle?


C'est quoi le cinéma?... Ca peut-être un moyen de faire passer un message, pour d'autres, de divertir. Certains utilisent ce biais car rien n'est plus agréable que de prendre le spectateur pour un abruti. Ne sommes-nous pas tous qu'une belle bande de crétins écervelés qui ont souvent besoin d'un écran pour cultiver notre matière grise et nous donner l'impression d'évoluer intellectuellement?... Toi, t'es un génie qui tire son savoir grâce à la vérité d'un tiers. Le prêtre te dit de croire en Dieu, sois un bon soldat et tire toi une balle dans le pied, danse mon ami.


Le cinéma d'aujourd'hui est tel une grande église. A chacun son cinéma (église) pour assister au prêche (le film) final d'une civilisation malade, la notre. On nous balance la 3D pour donner du relief. Commencez par embaucher des scénaristes sachant tenir une histoire qui nous fera baver jusqu'à la fin.

Scorsese (encore lui) passe à la 3D. Le cinéma est malade. Cancer incurable, hépathite, sida. Pourquoi ne pas sortir une version remasterisée du Parrain en 3D?... Nous irions tous, moutons amorphes, vivre une expérience inoubliable dans notre église IMAX au coin de la rue.. Marlon en trois dimensions mon pote!


Je milite pour la construction d'un parc à thème reprenant l'univers de Metropolis. On y trouverait le Fritz Lang Burger qu'on ferait tomber dans l'estomac avec l'aide d'un petit Maria Cola bien glacé. Vas au diable suceur de frite. Je veux pas finir en Soleil Vert... Rends moi mon cinéma. Et surtout ne te méprends pas, continue à produire ton ciné tagada pour les profanateurs mangeurs de pop-corn au beurre transgénique, nous avons besoin de ton argent pour jouir de ce qui reste.


Le cas Weinstein interpelle. Ils ont su faire le lien entre les deux mondes. Celui du clinquant et du profit face à celui du pari et et de l'échec souvent inévitable. Ces types ont tout compris. Faisons une simulation grotesque. Je suis Harvey Weinstein, j'ai cinq films devant moi et je dois les "catégoriser". Le premier sera le film à oscar. Le second sera l'assurance d'avoir les comptes équilibrés à la fin de l'année. Le troisième, le coup de pouce qui permettra à la boîte de voir venir. Le quatrième, c'est le pari. Et le cinquième, un caprice. Le cinéma n'est qu'un business, mais un business grâce auquel nous pouvons apprendre, communiquer, partager, rêver... N'abandonnons pas la course au tout technologique si l'avenir de cet art passe pas là, mais n'oublions pas que la base reste avant tout ce que notre cerveau nous permet de réaliser et ce avec quoi nous lui offrons cette capacité. Mettons nous tous bien d'accord, la soupe de grand mère est toujours meilleure qu'une brique Maggi... Les ingrédients mes petits, les ingrédients sont la base de tout. Si la base est mauvaise, tout s'écroule. Et celle du cinéma commence à pourrir sérieusement.


(Harvey Weinstein)



R.L

mardi 1 février 2011

Black Swan

Le mime, le dupe et le modèle.



Le cinquième long métrage de Darren Aronofsky laisse la douce impression de déjà-vu au spectateur cinéphile. Mais retravailler sur des idées du passé n'est en rien problématique à partir du moment où le cinéaste en question assume la filiation et transcende le matériau d'origine. C'est le cas ici pour "Black Swan" qui semble puiser son inspiration dans plusieurs films: "Les Chaussons Rouges" de Michael Powell, "Carrie" et "Phantom of the Paradise" de Brian De Palma et d'une certaine façon "La Mouche" de David Cronenberg.


Nina (Nathalie Portman) est danseuse dans la prestigieuse troupe du Lincoln Center à New York. Thomas Leroy (Vincent Cassel), le directeur artistique, doit remplacer Beth Macyntire (Winona Ryder) et choisit Nina pour interpréter la Reine des cygnes dans une nouvelle version du Lac des cygnes. Mais la pression est trop forte: Nina va peu à peu sombrer dans la folie...

La question du double (miroirs, doppelgänger...) est traitée ici comme mode de réflexion sur la création d'après modèle (mimétisme). Aronofsky est un cinéaste maniériste qui aime mettre en scène cette fascination pour la copie et sa modification: une mère possessive et manipulatrice (Carrie), une transformation (La Mouche), le monde du ballet (Les Chaussons Rouges) et un final renversant (Phantom of the Paradise). Aronofsky en profite pour glisser un commentaire sur son travail lors d'une conversation entre Nina et Thomas, avant qu'ils ne s'embrassent pour la première fois: en bref, la technique doit être au service de l'art. Il faut donc que Nina se "laisse un peu aller" et se détende pour que sa performance soit plus vivante, elle qui ne recherche que la perfection. C'est ce qui manquait d'ailleurs à "Requiem For a Dream" qui ne laissait pas de place à une véritable émotion tant le montage, la mise en scène et la partition de Clint Mansell formaient un bloc pratiquement incassable. Masturbation, prise de drogues, fantasme lesbien... C'est une véritable perte d'innocence en accéléré auquel on assiste dans "Black Swan".



En outre, l'aspect compétitif du milieu de la danse rejoint l'idée qu'Aronofsky doit se mettre au même niveau voire surpasser les De Palma, Powell et consorts auxquels il fait référence. La première rencontre de Nina avec Beth est d'ailleurs, de la part de la jeune ballerine, l'instant idéal, gênant certes, pour une révérence. Dernière rencontre: Nina lui plante à plusieurs reprises un coupe ongle dans le visage... Le rejet de son prédécesseur requiert ce passage horrifique. La transition se fait donc dans la douleur mais symboliserait à la fois le désir de coupure (avec la figure de la mère) et de mutilation d'un objet (la pellicule des films référencés) qui obsède en tant que modèle.


"Black Swan", film méta? Solution facile mais alléchante compte tenu du sujet: trahisons, peur d'être remplacé, jeunisme, abus sexuels. Le monde que décrit Aronofsky pourrait très bien être celui du cinéma...


Donald Devienne